Le secteur de la gestion des déchets représente un enjeu économique considérable avec un marché estimé à plusieurs milliards d’euros en France. Pourtant, ce domaine fait l’objet de pratiques anticoncurrentielles récurrentes, notamment la non-soumission délibérée de marchés publics. Cette stratégie occulte, adoptée par certains opérateurs dominants, vise à maintenir artificiellement leur position sur le marché tout en évitant une réelle mise en concurrence. Les conséquences sont multiples : surcoûts pour les collectivités, atteinte à l’innovation et défiance envers les procédures d’appel d’offres. Face à cette problématique, les autorités de régulation et juridictions administratives ont progressivement renforcé leur arsenal juridique, mais les défis persistent dans un secteur où l’opacité reste préoccupante.
Anatomie d’une pratique anticoncurrentielle insidieuse
La non-soumission d’un marché public de collecte de déchets constitue une forme particulièrement subtile d’entrave à la concurrence. Contrairement aux ententes explicites ou aux abus de position dominante classiques, cette pratique se caractérise par son caractère passif en apparence. Les opérateurs économiques dominants s’abstiennent simplement de répondre à certains appels d’offres, créant ainsi des « territoires réservés » où chacun conserve sa mainmise historique.
Cette stratégie s’observe particulièrement dans les zones où des entreprises sont implantées de longue date. Le mécanisme est souvent le suivant : l’entreprise A s’abstient de candidater sur le territoire historique de l’entreprise B, qui lui rend la pareille sur son propre fief. Cette réciprocité tacite permet de maintenir un statu quo profitable aux acteurs en place, sans laisser de traces écrites compromettantes.
L’Autorité de la concurrence a identifié plusieurs indicateurs révélateurs de ces pratiques :
- Une stabilité inhabituelle des attributaires sur plusieurs renouvellements de marchés
- Des prix significativement plus élevés que dans des territoires comparables
- Une absence systématique de certains acteurs majeurs dans des zones où ils disposent pourtant des capacités techniques d’intervention
- Des candidatures de façade, volontairement non compétitives
La jurisprudence du Conseil d’État a progressivement affiné la caractérisation de ces comportements. Dans sa décision n°420654 du 12 octobre 2020, la haute juridiction administrative a précisé que « l’abstention concertée de soumissionner constitue une pratique anticoncurrentielle au même titre qu’une entente sur les prix lorsqu’elle vise à faire échec au libre jeu de la concurrence ». Cette qualification juridique est fondamentale car elle permet d’appliquer les sanctions prévues par le droit de la concurrence à des comportements d’abstention.
Le secteur des déchets présente des caractéristiques qui favorisent ces pratiques : barrières à l’entrée élevées (investissements matériels lourds), technicité requise, relations de long terme avec les collectivités, et connaissance approfondie des territoires. Ces éléments rendent particulièrement difficile l’entrée de nouveaux acteurs et facilitent le maintien d’une répartition tacite des marchés entre opérateurs historiques.
La difficulté pour les autorités régulatrices réside dans la démonstration du caractère concerté de ces abstentions. Comment prouver qu’une entreprise a délibérément choisi de ne pas candidater dans le cadre d’une stratégie anticoncurrentielle, plutôt que pour des raisons légitimes liées à sa politique commerciale ou à ses capacités techniques ? Cette question probatoire constitue le cœur du défi juridique posé par la non-soumission des marchés.
Le cadre juridique applicable et ses évolutions récentes
La lutte contre la non-soumission concertée dans les marchés de collecte de déchets s’inscrit dans un cadre normatif à plusieurs niveaux. Au sommet de cette hiérarchie figure le droit européen, avec les articles 101 et 102 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE), qui prohibent respectivement les ententes et les abus de position dominante. Ces dispositions ont été transposées en droit français aux articles L.420-1 et L.420-2 du Code de commerce.
À ce socle fondamental s’ajoute le Code de la commande publique, dont l’article L.2141-8 permet d’exclure des procédures de marchés publics les opérateurs économiques qui ont entrepris « d’établir des ententes illicites ayant pour objet ou pour effet de fausser la concurrence ». Cette disposition offre aux acheteurs publics un levier préventif face aux entreprises ayant déjà été sanctionnées pour des pratiques anticoncurrentielles.
L’évolution jurisprudentielle a considérablement renforcé l’arsenal répressif. Dans l’arrêt « Corsica Ferries » (Cass. com., 8 novembre 2016), la Cour de cassation a confirmé que l’abstention de soumissionner peut constituer une pratique anticoncurrentielle lorsqu’elle résulte d’une concertation. Plus spécifiquement dans le secteur des déchets, la décision n°16-D-17 du 21 juillet 2016 de l’Autorité de la concurrence a sanctionné plusieurs entreprises pour s’être réparti les marchés de collecte dans les Alpes-Maritimes via des non-soumissions coordonnées.
Les mécanismes de détection et de preuve
La démonstration juridique d’une pratique de non-soumission concertée repose généralement sur un faisceau d’indices. Les autorités de concurrence s’appuient sur :
- L’analyse des comportements de marché sur une période prolongée
- Les échanges d’informations entre concurrents avant les appels d’offres
- Les justifications économiquement irrationnelles d’une non-candidature
- Les témoignages d’anciens collaborateurs ou de lanceurs d’alerte
La loi Sapin 2 de 2016 a renforcé les outils d’investigation avec la mise en place d’une protection des lanceurs d’alerte et l’instauration d’un programme de clémence plus attractif, incitant les entreprises impliquées dans des ententes à les dénoncer en échange d’une réduction de sanctions.
Au niveau procédural, l’évolution majeure réside dans la mise en œuvre de la directive ECN+, transposée par l’ordonnance du 26 mai 2021, qui harmonise et renforce les pouvoirs des autorités nationales de concurrence. Les enquêteurs disposent désormais de moyens d’investigation élargis, notamment en matière de perquisitions numériques et d’accès aux messageries professionnelles.
La jurisprudence administrative a précisé les conditions dans lesquelles une collectivité peut rejeter une offre suspectée de s’inscrire dans une pratique anticoncurrentielle. L’arrêt du Conseil d’État du 24 juin 2019 (n°428866) a confirmé qu’un pouvoir adjudicateur peut écarter une offre s’il dispose d’indices graves, précis et concordants suggérant que celle-ci s’inscrit dans un schéma d’entente, sans attendre une décision définitive de l’Autorité de la concurrence.
Impact économique et social sur les collectivités territoriales
Les pratiques de non-soumission dans les marchés de collecte de déchets engendrent des conséquences financières considérables pour les collectivités territoriales. Selon une étude de l’ADEME publiée en 2022, le surcoût lié à l’absence de concurrence effective dans ce secteur est estimé entre 15% et 30% du montant des marchés concernés. Pour une métropole de taille moyenne, cela peut représenter plusieurs millions d’euros de dépenses supplémentaires sur la durée d’un contrat.
Ce phénomène affecte particulièrement les communes rurales et les intercommunalités de petite taille, qui disposent de moins de ressources pour analyser les offres et détecter les anomalies concurrentielles. Une enquête menée par l’Association des Maires de France révèle que 67% des communes de moins de 10 000 habitants déclarent recevoir moins de trois offres lors du renouvellement de leurs marchés de collecte des déchets, contre une moyenne nationale de 5,2 offres pour l’ensemble des marchés publics.
Les répercussions ne sont pas uniquement budgétaires. La hausse artificielle des coûts de gestion des déchets se traduit directement par une augmentation de la fiscalité locale, notamment via la Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères (TEOM). D’après l’Observatoire National des Déchets, les territoires où la concurrence est limitée connaissent une progression de la TEOM supérieure de 22% à la moyenne nationale sur les cinq dernières années.
Freins à l’innovation et à la transition écologique
Au-delà des aspects financiers, la non-soumission concertée entrave considérablement l’innovation dans le secteur de la gestion des déchets. En l’absence de pression concurrentielle, les opérateurs en place ont peu d’incitations à moderniser leurs équipements ou à proposer des solutions plus performantes sur le plan environnemental.
Cette stagnation technique freine la mise en œuvre des objectifs fixés par la loi de transition énergétique et la directive-cadre européenne sur les déchets. Les collectivités territoriales, prisonnières de contrats coûteux avec des prestataires peu innovants, peinent à améliorer leurs performances en matière de :
- Réduction des déchets à la source
- Amélioration des taux de collecte sélective
- Optimisation des circuits logistiques
- Déploiement de solutions numériques de suivi des collectes
La Cour des comptes, dans son rapport thématique de 2021 sur la gestion des déchets ménagers, a mis en lumière cette corrélation entre faible concurrence et retard dans l’adoption des meilleures pratiques environnementales. Le document souligne que les territoires bénéficiant d’une réelle mise en concurrence affichent des performances de tri supérieures de 18% et des coûts de traitement inférieurs de 12% à ceux des zones où la concurrence est limitée.
Face à ces constats, certaines collectivités ont développé des stratégies alternatives, comme la constitution de groupements de commandes pour augmenter leur pouvoir de négociation, ou le recours à la régie publique. La Métropole de Lyon a ainsi repris en régie une partie de son service de collecte en 2021, après avoir constaté le manque de concurrence lors des précédents renouvellements de marchés. Cette décision a permis une économie annuelle estimée à 4,7 millions d’euros et une amélioration significative du service rendu aux usagers.
Les stratégies de prévention et de détection pour les acheteurs publics
Face aux risques liés à la non-soumission concertée, les acheteurs publics disposent d’un arsenal de mesures préventives et détectives. La première ligne de défense consiste à concevoir des procédures d’appel d’offres qui favorisent une concurrence authentique. L’allotissement stratégique représente un levier puissant : plutôt que de proposer un marché global de collecte des déchets, les collectivités peuvent le diviser en lots géographiques ou techniques (collecte sélective, ordures ménagères, déchets verts) pour permettre à des entreprises de tailles diverses de candidater.
La Direction des Affaires Juridiques de Bercy recommande d’adapter la durée des contrats pour trouver un équilibre entre amortissement des investissements et renouvellement régulier de la concurrence. Une durée de 5 à 7 ans apparaît optimale dans le secteur des déchets, contre les contrats de 10 à 12 ans fréquemment rencontrés qui figent le marché sur de trop longues périodes.
L’utilisation de variantes techniques dans les cahiers des charges constitue une autre approche efficace. En autorisant les candidats à proposer des solutions alternatives aux spécifications de base, les acheteurs publics stimulent l’innovation et compliquent la coordination entre entreprises qui voudraient se répartir les marchés.
Outils de détection des anomalies concurrentielles
Pour identifier les schémas suspects de non-soumission, plusieurs méthodologies ont fait leurs preuves :
- L’analyse historique des répondants sur plusieurs cycles de marchés
- La comparaison des prix avec des collectivités similaires (benchmarking)
- L’examen des justifications fournies par les entreprises qui cessent subitement de candidater
- La surveillance des sous-traitances croisées entre concurrents apparents
Des logiciels spécialisés dans la détection des ententes commencent à être déployés dans les grandes collectivités. Ces outils, inspirés de ceux utilisés par l’Autorité de la concurrence, analysent les patterns de soumission et alertent sur les anomalies statistiques. La Métropole de Bordeaux a ainsi expérimenté en 2021 un système d’intelligence artificielle qui a permis d’identifier des schémas suspects dans plusieurs familles d’achats, dont la collecte des déchets.
La formation des agents en charge de la commande publique constitue un investissement crucial. Le CNFPT propose désormais des modules spécifiques sur la détection des pratiques anticoncurrentielles, qui sensibilisent les acheteurs aux signaux faibles pouvant révéler une entente. Ces formations s’appuient sur des cas pratiques issus de la jurisprudence récente et des retours d’expérience de collectivités ayant déjoué des tentatives de répartition de marchés.
La coopération avec les autorités de régulation s’avère déterminante. L’Autorité de la concurrence a mis en place depuis 2019 un guichet unique permettant aux acheteurs publics de signaler des comportements suspects sans déclencher immédiatement une procédure formelle. Cette approche facilite la remontée d’informations et permet aux régulateurs d’identifier des patterns sur plusieurs territoires.
Le Tribunal administratif de Marseille a validé en 2022 (jugement n°2109876) la démarche d’une collectivité qui avait sollicité l’avis préalable de l’Autorité de la concurrence avant d’écarter une offre suspectée de s’inscrire dans un schéma d’entente. Cette jurisprudence confirme la possibilité pour les acheteurs d’agir de manière préventive lorsqu’ils disposent d’indices sérieux.
Vers une régulation plus efficace du marché des déchets
L’évolution du cadre réglementaire et des pratiques de surveillance laisse entrevoir des perspectives d’amélioration dans la lutte contre la non-soumission concertée. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a introduit de nouvelles obligations de transparence pour les opérateurs de gestion des déchets, notamment l’obligation de publication annuelle de leurs performances environnementales et économiques. Cette mesure, bien que principalement orientée vers les aspects écologiques, contribue indirectement à réduire l’asymétrie d’information qui favorise les comportements anticoncurrentiels.
Le renforcement des sanctions financières constitue un autre levier dissuasif majeur. La transposition de la directive ECN+ a porté le plafond des amendes administratives à 10% du chiffre d’affaires mondial des entreprises concernées. Cette évolution, combinée à l’allongement des délais de prescription (5 ans désormais), augmente significativement le risque financier pour les opérateurs tentés par des pratiques de répartition de marchés.
La Commission européenne a lancé en 2023 une initiative sectorielle spécifique au marché des déchets, reconnaissant sa vulnérabilité particulière aux pratiques anticoncurrentielles. Ce programme vise à harmoniser les pratiques de régulation à l’échelle du continent et à faciliter la coopération transfrontalière entre autorités nationales de concurrence. Pour les groupes internationaux actifs dans plusieurs pays européens, cette coordination accrue complexifie la mise en œuvre de stratégies de répartition géographique des marchés.
Des innovations contractuelles prometteuses
Au-delà des approches répressives, des innovations contractuelles émergent pour stimuler une concurrence authentique. Le modèle des contrats à performance gagne du terrain dans le secteur des déchets. Ces marchés fixent des objectifs de résultats (taux de collecte sélective, qualité du tri, satisfaction usagers) plutôt que des moyens précis, laissant aux opérateurs une plus grande liberté d’innovation technique et organisationnelle.
Certaines collectivités pionnières expérimentent des formules hybrides associant régie publique et externalisation partielle. La Communauté urbaine de Dunkerque a ainsi développé un modèle où elle conserve la maîtrise des infrastructures et de la relation usagers, tout en confiant certaines prestations opérationnelles à des prestataires privés via des marchés de courte durée (3 ans). Cette approche limite la dépendance envers les opérateurs historiques et maintient une pression concurrentielle constante.
La mutualisation des fonctions d’achat entre collectivités représente une autre voie prometteuse. Les centrales d’achat territoriales permettent aux petites communes de bénéficier d’une expertise juridique et technique qu’elles ne pourraient financer individuellement. L’Association des Acheteurs Publics estime que ces groupements génèrent une économie moyenne de 18% sur les marchés de collecte des déchets, tout en réduisant significativement les risques d’ententes locales.
L’émergence de plateformes numériques spécialisées dans la mise en relation des collectivités avec des prestataires de services environnementaux contribue à dynamiser le marché. Ces places de marché virtuelles abaissent les barrières à l’entrée pour de nouveaux acteurs et compliquent la coordination entre entreprises établies. La startup GreenMarket, soutenue par la Banque des Territoires, a ainsi facilité l’accès aux marchés publics pour plus de 200 PME spécialisées dans l’économie circulaire depuis 2020.
La transparence accrue des données publiques joue un rôle déterminant dans l’assainissement du marché. L’Observatoire des Coûts du Service Public des Déchets, géré par l’ADEME, permet désormais aux collectivités de comparer leurs coûts avec des territoires similaires et d’identifier des anomalies tarifaires potentiellement liées à des dysfonctionnements concurrentiels. Cette base de données nationale, en croissance constante, devient un outil précieux pour les acheteurs publics souhaitant évaluer la pertinence économique des offres reçues.
Le futur de la concurrence dans le secteur des déchets : défis et opportunités
La transformation du paysage concurrentiel dans le secteur des déchets s’accélère sous l’effet conjugué des évolutions réglementaires, technologiques et sociétales. La mise en œuvre progressive de l’économie circulaire, consacrée par la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) de 2020, rebat les cartes en déplaçant la valeur économique de la simple collecte vers le recyclage et la valorisation des matières. Ce changement de paradigme ouvre des opportunités pour de nouveaux entrants spécialisés dans des filières spécifiques, fragmentant potentiellement un marché historiquement oligopolistique.
Les technologies numériques constituent un puissant facteur de disruption. L’Internet des objets appliqué à la gestion des déchets (conteneurs connectés, capteurs de remplissage, optimisation dynamique des tournées) permet des gains d’efficience considérables qui peuvent remettre en question les avantages historiques des opérateurs installés. Les startups de la GreenTech pénètrent progressivement le marché avec des solutions innovantes qui séduisent les collectivités en quête de modernisation.
La pression citoyenne pour une gestion plus transparente et écologique des déchets joue un rôle croissant dans les décisions d’attribution des marchés. Les collectivités, sous le regard attentif de leurs administrés, intègrent désormais des critères environnementaux et sociaux plus exigeants dans leurs appels d’offres. Cette évolution favorise les opérateurs capables de démontrer une réelle valeur ajoutée écologique, au détriment des modèles d’affaires reposant principalement sur des ententes tacites et des territoires réservés.
Risques persistants et vigilance nécessaire
Malgré ces évolutions positives, plusieurs facteurs de risque persistent. La concentration du secteur continue de s’accentuer, avec une vague de fusions-acquisitions qui renforce le poids des grands groupes. L’Autorité de la concurrence a examiné 14 opérations de concentration dans le secteur des déchets en 2022, contre une moyenne annuelle de 8 sur la période 2017-2021. Cette tendance pourrait paradoxalement faciliter les comportements coordonnés entre un nombre restreint d’acteurs majeurs.
Les barrières technologiques à l’entrée s’élèvent avec la sophistication croissante des équipements de collecte et de traitement. L’investissement initial nécessaire pour concurrencer les opérateurs établis augmente, limitant le vivier de nouveaux entrants potentiels. Cette évolution technique, bien que porteuse d’efficacité opérationnelle, pourrait paradoxalement renforcer les positions acquises si elle n’est pas accompagnée de mesures pro-concurrentielles adaptées.
La digitalisation des procédures d’appels d’offres présente des opportunités mais aussi des risques nouveaux. Si elle facilite l’accès aux marchés pour un plus grand nombre d’opérateurs, elle peut également créer des vulnérabilités inédites, comme l’utilisation d’algorithmes de tarification capables de détecter et de répliquer les comportements des concurrents sans nécessiter d’accords explicites. Ces « collusions algorithmiques » représentent un défi majeur pour les autorités de régulation, dont les outils d’investigation traditionnels peuvent s’avérer inadaptés face à ces mécanismes sophistiqués.
Pour relever ces défis, une approche multidimensionnelle s’impose :
- Renforcement des capacités d’analyse des données de marchés publics pour détecter les anomalies statistiques
- Développement de la coopération internationale entre régulateurs face à des acteurs globalisés
- Adaptation du cadre juridique aux nouvelles formes de collusion facilitées par le numérique
- Soutien à l’émergence d’acteurs alternatifs, notamment issus de l’économie sociale et solidaire
L’avenir de la concurrence dans le secteur des déchets dépendra largement de la capacité des pouvoirs publics à maintenir un équilibre subtil entre plusieurs objectifs parfois contradictoires : encourager l’innovation technique, garantir l’efficience économique, assurer une transition écologique ambitieuse et préserver une diversité d’acteurs sur le marché.
La jurisprudence récente montre une prise de conscience accrue de ces enjeux. Dans sa décision n°22-D-09 du 7 avril 2022, l’Autorité de la concurrence a non seulement sanctionné financièrement des pratiques de répartition de marchés, mais a également imposé des mesures structurelles inédites, obligeant un opérateur dominant à céder certains actifs pour restaurer des conditions de concurrence effective dans plusieurs zones géographiques. Cette approche, inspirée des pratiques antitrust américaines, marque une inflexion vers des remèdes plus ambitieux face aux dysfonctionnements concurrentiels persistants.

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